How I Write: Jacqueline Raoul-Duval

The Secret History of Art writes the popular weekly interview series, How I Write, for The Daily Beast.  Select interviews in the series that do not run in The Daily Beast appear here.  This one, with French translator and author Jacqueline Raoul-Duval, is offered in French and English (with thanks to Dr Diane Joy Charney in the translation).  Learn about Raoul-Duval’s habits, writing techniques, tips, and her latest hit book, Kafka in Love.

How I Write: Jacqueline Raoul-Duval

Latest Book: Kafka in Love


1.Where did you grow up?  Où avez-vous grandi?

Je suis née et j’ai grandi à Sfax, une petite ville située au sud de la Tunisie, là où s’étend une forêt de près de 8 millions d’oliviers, plantés au début du XIXè siècle,  lorsque la Tunisie devint un protectorat français.

De nombreuses communautés vivaient alors en Tunisie : française, italienne, maltaise, grecque, espagnole, et même quelques Russes blancs ; la communauté juive, installée en Tunisie depuis des siècles, (les restes d’une synagogue, près de Carthage, remontent à l’époque punique) a très vite adopté la langue, la culture,  le costume et l’art de vivre des Français. Mais aujourd’hui, hélas, il ne reste aucune de ces communautés.

1. I was born and raised in Sfax, a little city located in southern Tunisia in an area covered by a forest of 8 million olive trees planted at the beginning of the 19th century when Tunisia became a French protectorate.

Many different communities were living in Tunisia at that time: French, Italian, Maltese, Greek, Spanish and even some White Russians; the Jewish community, which had been in Tunisia for centuries, (the remains of the synagogue, near Carthage, go back to the epic of the Punic wars, quickly adopted the language, culture, mode of dress, and the lifestyle of the French. But, alas, today none of these communities remains.

2. Where and what did you study?  Qu’avez-vous étudié ? Où avez-vous étudié?

Quelques mois après avoir obtenu mon baccalauréat en philosophie, mes parents m’ont mariée (en Tunisie, cette pratique était chose courante). J’ai commencé alors à préparer par correspondance une maîtrise d’histoire et de géographie ; professeur, j’ai enseigné ces matières à des garçons tunisiens, presque tous de milieux modestes, et que l’histoire des guerres coloniales affectait vraiment. “L’histoire est noire” me répétait l’un d’eux.

Lorsque la Tunisie est devenue indépendante, nous avons assisté au départ de nombreux Français, les fonctionnaires en particulier. Lorsqu’a éclaté la première guerre en Israël, et que des violences ont été commises contre les Juifs, cette communauté a dû quitter la Tunisie ; certains sont allés en Israël, la majorité, dont ma famille, est allée en France.

2a. A few months after I got my baccalaureate degree in philosophy, my parents made an arranged marriage for me (In Tunisia this was the custom.) I then began to prepare via correspondence courses a masters in history and geography; as a  teacher, I taught these subjects to Tunisian boys, nearly all of modest background, and on whom the history of the colonial wars had a major effect. “History is black,” one of them used to tell me.

3.Where do you live and why?  Ou habitez-vous et pourquoi?

Depuis 1961, je vis donc à Paris. Lorsque j’ai divorcé en 1969, je suis allée pour la première fois m’asseoir sur les bancs de l’université, où j’ai obtenu une maîtrise en psychologie. J’ai alors quitté l’enseignement et j’ai longtemps travaillé dans une maison d’édition. Aujourd’hui, divorcée pour la seconde fois, j’habite dans un quartier historique, Le Marais, à deux pas du musée Picasso (fermé pour travaux).

3a. Since 1961, I have been living in Paris. When I divorced in1969 I attended for the first time a university from which I received a Masters degree in psychology. I then gave up teaching and worked for a long time in a publishing house. Today, divorced for the second time, I live in a historic neighborhood, Le Marais, just two steps away from the Picasso museum (closed for renovation).

4. What was your first experience with Kafka’s work? Ou etait votre premiere encontre avec Kafka?

La lecture du “Journal”. J’étais avec ma fille au Sénégal, au Club Méditerranée ; je n’ai pas du tout aimé l’endroit et encore moins les pratiques du Club. J’avais emporté Le Journal et grâce à ce livre, que j’ai lu avec avidité, j’ai oublié le Club, ses buffets croulants de nourriture, et les Sénégalais de tous âges, accrochés aux grilles, qui, matin et soir,  attendaient que les restes des buffets leur soient jetés.

4a. My reading of the “Journal.” I was with my daughter in Senegal, at Club Med; I didn’t like the location at all, and I like even less the Club’s practices. I had brought Le Journal with me and thanks to this book, which I read avidly, I forgot the club, its overloaded buffets, and the Senegalese of all ages pushed up against the gates who used to wait morning and night for the leftovers from the buffets to be thrown their way.

5. Much of your novel, Kafka in Love, is based on archival material.  What sort of research did you undertake in preparation for your book?  Une grande partie de votre roman est basée sur des documents d’archives, documents écrits par Kafka lui-même ou documents écrits à son sujet. Quelles sont les recherches que vous avez faites pour écrire ce roman?

Dès le départ, j’ai décidé de lire l’œuvre de Kafka dans la collection La Pléiade, enrichie d’un appareil critique remarquable, et d’oublier les centaines de livres écrits sur Kafka et sur son œuvre. J’avais lu, bien sûr, un grand nombre de biographies sur cet auteur, en particulier celle de Marthe Robert, l’un des meilleurs traducteurs français de Kafka (et qui avait bien connu Dora, la dernière fiancée).

5a. From the very beginning, I decided to read Kafka’s work in the Pléiade edition which is enriched by outstanding critical material, and to forget about the hundreds of books written on Kafka and his work. I had of course read a large number of biographies about the author, particularly the one by Marthe Robert, one of the best French translators of Kafka (and who had actually known very well his last fiancée, Dora).

6. Why did you choose to write a biographical novel about Kafka, rather than a literary biography?  Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire un roman basé sur la vie de Kafka plutôt qu’une biographie littéraire?

Je ne me suis pas posé cette question. J’ai lu et relu sans m’en lasser les Lettres à Felice,  les Lettres à Milena, les Lettres à ses amis, et La lettre au père, jusqu’à avoir l’impression sinon de connaître, du moins d’entrer dans le monde de Kafka ; ses propos, ses goûts, sa personnalité, ses extravagances me devenaient peu à peu familiers ; et j’ai éprouvé un double désir : celui de faire aimer et cet homme, et son œuvre. Alors qu’un public très large s’intéresse à sa vie, très peu lisent  ses livres. Or sa Correspondance, et son Journal sont passionnants et d’un accès facile. J’ai donc tenté de faire vivre Kafka et ses fiancées, leurs échanges épistolaires quotidiens, leurs conflits, leurs passions, tels qu’ils m’apparaissaient.

6a. I never ask myself that question. I had read and reread without ever getting tired of them The Letters to Félice, the Letters to Milena, the Letters to his friends and the Letter to his father, enough to have the impression of at least having entered the world of Kafka, even if I did not completely know it; his projects, his tastes, his personality, his extravagances became familiar to me little by little, and I felt a double desire: to make both this man and his work loved. Even though a very large public is interested in his life, very few read his books. But his Correspondence, and his Journal are exciting and easy to access. I then tried to bring to life Kafka and his fiancées, their daily exchanges of letters, their conflicts, their passions, in the way that they appeared to me.

7. You are not only an author, but also a translator.  How does your approach differ, when writing or translating?  Vous n’êtes pas seulement écrivain, vous êtes aussi traducteur. En quoi le processus de traduction diffère-t-il pour vous du processus d’écriture? Y en a-t-il un qui vous semble plus facile ? Lorsque vous traduisez, qu’est-ce qui guide vos choix?

Je ne suis pas traducteur car je n’ai traduit que trois livres, mais j’ai beaucoup apprécié ce travail, car j’aime infiniment le jeu : chercher et trouver la bonne réponse est l’activité que je préfère.

Etre le plus fidèle possible  au texte m’est un impératif, je ne « supporte » pas le moindre changement. Un exemple : « On l’entend siffler » ; pourquoi traduire par : « Il siffle » ? C’est une facilité que je trouve condamnable parce qu’elle change le sens de la phrase, le point de vue de l’auteur.

Traduire est en un sens plus facile qu’écrire, on n’a pas à se casser la tête pour trouver une intrigue et un style, mais traduire suppose une  bonne dose d’humilité : respecter rigoureusement le texte. Et une exigence : rendre les moindres nuances de l’auteur, et connaître parfaitement et la langue que l’on traduit, et surtout celle dans laquelle on écrit. L’essentiel est de restituer le climat, les couleurs, le rythme, la ponctuation de l’auteur. La politesse, c’est de se plier au texte, et non pas  de plier le texte à sa convenance.

7a. I do not consider myself a translator because I have only translated three books, but I really enjoyed this work, because I have a boundless love for the way it works: to look for and find the right answer is my favorite activity.

To be as faithful as possible to the text is imperative, I cannot “bear” the least modification. An example:”One hears him whistle” can be translated as “He’s whistling.” It’s an easy way out that I find reprehensible because it changes the meaning of the sentence, the point of view of the author.

To translate is in one sense easier than to write, one doesn’t have to wrack one’s brain to find a plot or a style, but to translate requires a healthy dose of humility:to rigorously respect the text. And an essential requirement:to convey the subtlest nuances of the author, and to know perfectly the language that one is translating, and above all, how that language is written. The key thing is to reconstitute the ambiance, the colors, the rhythm, the punctuation of the author. The courteous thing to do is to bend oneself to the text, and not to bend the text to suit one’s convenience.

8. What is your morning routine when writing?  Comment décririez-vous votre routine matinale ?

Je me lève entre sept et huit heures pour écouter (distraitement) les nouvelles à la radio, tout en préparant une grande théière de thé vert, et en battant les cartes pour faire trois ou quatre “patiences”. Puis je consulte mes mails. Et ensuite, je me mets lentement au travail.

8a.I get up between seven and eight in order to (distractedly) listen to the radio at the same time as I prepare a large pot of green tea and while shuffling playing cards for three or four rounds of “patiences.” Next, I check my email. And then, I slowly begin to work.

9. Do you have any habits or affectations?  Avez-vous des habitudes ou des affectations particulières?

A part celle d’aller à la piscine presque tous les jours, surtout en hiver pour me réchauffer dans le sauna, surtout en été pour me rafraichir, surtout en automne pour oublier que l’hiver arrive, j’ai l’habitude de passer plusieurs heures, matin et soir, d’abord devant mon ordinateur, puis les yeux collés à un livre.  Non, je n’ai pas d’habitudes particulières car ces deux-là  occupent l’essentiel de mon temps!

9a. Except for going to the pool nearly every day, especially in the winter in order to warm myself up in the sauna, especially in the summer to cool off, especially in the fall to forget that winter is coming, I have the habit of spending several hours in front of my computer, and then with my eyes glued to a book. No I don’t have any special habits because these two take up virtually all of my time!

10. What is your favorite item of clothing?  Quel est votre accessoire de mode préféré?

Les chaussures.

10a.Shoes.

11. Please recommend three books to your readers.  Pourriez-vous recommander trois livres, autres que les vôtres, à vos lecteurs?

La Lettre au père, de Kafka; Madame Bovary, de Flaubert; Le Marchand de Venise, de Shakespeare (plus le film avec Al Pacino dans le rôle de Shylock!). Trois titres, c’est extrêmement injuste pour les dizaines d’autres! Proust, Hemingway, Philip Roth,  Cormac Mc Carthy, Joyce Carol Oates, Richard Powers, Serge Bramly (mon fils)…

11a.Kafka’s Letter To his Father; Flaubert’s Mme. Bovary; Shakespeare’s Merchant of Venice (and the film with Al Pacino in the role of Shylock!). To have to choose only three does not do justice to the tens of others! Proust, Hemingway, Philip Roth,  Cormac McCarthy, Joyce Carol Oates, Richard Powers, Serge Bramly (my son).

12.  Do you have a writer friend who inspires you?  Avez-vous un ami écrivain qui vous aide et vous inspire?

Non, ce sont les livres que j’aime qui me donnent envie d’écrire. Et qui souvent me découragent. Comment oser écrire, après eux? L’exemple de mon fils (un vrai romancier) est celui qui sans doute a le plus compté.

12a. No, it’s the books that I love that give me the desire to write. And which often discourage me. How can one dare to write after reading them? The example of my son (a true novelist) is the one who no doubt has counted the most.

13. Is there a place that inspires you?  Y a-t-il un lieu en particulier qui vous inspire?

Oui, c’est le sauna, ou la piscine. C’est toujours là que je trouve le mot ou la solution que je cherchais.

13a. Yes, it’s the sauna, or the pool. It’s always there that I find the word or solution I’m seeking.

14. What is your approach to a new book, before the writing begins?  Appliquez-vous une méthode particulière pour concevoir l’intrigue d’un nouveau livre avant de passer à l’écriture proprement dite? En d’autres termes, est-ce que vous préférez planifier ce que vous allez écrire ou bien laisser libre cours à vos idées?

Non, je ne planifie ni la construction d’un roman ni celle d’un récit alors que Flaubert, qui passait des mois à élaborer un plan très détaillé, conseille d’y consacrer le temps qu’il faut ; mais j’en suis incapable et je suis toujours surprise de voir que c’est en écrivant que la suite arrive, à croire que ce sont les mots qui  induisent les idées!

14a. No. I don’t plan the structure of either a book or a novella, even though Flaubert, who spent months working out detailed plans, advises  putting as much time as necessary into it. I am incapable of doing that, and I’m always surprised to find that it’s while writing that the next thing comes, to the extent that one ends up believing that it’s the words themselves that lead to the ideas.

15. What do you look for on page one, and in chapter one, that makes you want to keep on reading?  Petit conseil d’auteur à auteur : à votre avis, qu’est-ce qui devrait arriver à la première page et dans le premier chapitre pour garantir le succès d’un livre et captiver l’attention du lecteur?

Pour le livre sur Kafka, j’ai travaillé durant au moins deux mois sur les cinq premières pages ;  chaque matin, je  lisais les corrections de la veille et chaque matin je trouvais que le rythme, le mystère, l’atmosphère n’étaient pas au point. Je voyais la scène, comme si je la filmais, et je sentais que tous les éléments n’étaient pas encore réunis. Mais quels étaient les éléments, les indices qui manquaient? Les romans policiers nous ont appris l’importance des indices, qu’inconsciemment le lecteur enregistre et qui éveillent son attention, son envie de continuer à lire. Ce n’est que lorsque j’eus trouvé ces indices, peut-être invisibles mais présents, que j’ai pu continuer.

15a. For the Kakfa book, I worked for at least five months on the first five pages; each morning I would read the corrections from the night before and each morning I used to find the rhythm, the mystery, and the atmosphere were not just right. I would see the scene as if I were filming it, and I would sense that all of the elements were not yet coming together. But what were the  missing elements and clues? Detective novels have taught us the importance of clues that the reader subconsciously registers and that capture his attention, his desire to keep reading. It’s only when I have found these clues, perhaps invisible but ever present, that I have been able to continue.

16. Do you have any rituals associated with writing?  Quelle est votre routine de travail et notamment quels sont les rituels spécifiques – si vous en avez – du processus d’écriture pour vous?

Je me mets à mon bureau tous les jours vers 9 heures. Si j’ai un texte en cours, je me mets aussitôt au travail ; d’abord, je relis et corrige le texte de la veille avant d’avancer. Si je n’ai rien d’urgent en cours, je lis mes mails, j’y réponds, je traîne, je lis. Ma seule particularité : je téléphone extrêmement peu, donc je ne reçois que de très rares coups de téléphone, parfois aucun ; mes journées, soirées comprises, sont très silencieuses, ce qui me permet de consacrer plusieurs heures à la lecture sans être interrompue ; parfois, il m’arrive d’allumer France Musique pour meubler le silence. Silence qui m’est indispensable.

16a. I am always at my desk every day by nine. If I have a text in progress, I go right to work on it;before moving forward, I reread and correct what I wrote the night before. If I have nothing urgent in the works, I read my email, I answer, I drag my feet, I read. My only quirk: I spend very little time on the telephone; therefore I get very few calls, sometimes none at all; My days including the evenings are very quiet, which allows me to devote several hours to reading without being interrupted. Sometimes I turn  on France Musique to break the silence. Silence which is indispensable to me.

17. Anything distinctive about your writing space?  Qu’est-ce qui distingue votre espace de travail de n’importe quel autre lieu? Sur votre bureau notamment, y a-t-il des objets qui sortent de l’ordinaire ? De votre siège de bureau, que voyez-vous?

Sur mon bureau chinois, en laque craquelée noire, il y a un grand nombre d’objets ramenés de Chine : deux statuettes en céramique vernissée verte, une petite tête de Bouddha en marbre blanc, deux grands disques en jade, l’un d’un vert presque noir, l’autre très clair et veiné ; assise à mon bureau, collé contre un mur sur lequel sont accrochés de petits panneaux de bois en laque rouge représentant des paysages, des personnages, des végétaux, je ne vois que  ces objets, mais je sais que dans mon dos, à trois mètres, s’ouvre une grande terrasse où poussent trois orangers, deux citronniers, un olivier et de nombreux rosiers. Cette terrasse m’est précieuse ; c’est là que je vais faire un tour, respirer un brin de thym ou de romarin, quand je n’avance pas, quand il fait beau, quand j’ai envie de jardiner,  ou d’arracher une mauvaise herbe. On croit que le gel  a tué les végétaux, et, un beau jour, on voit pointer une délicate feuille d’un vert tendre ; cette petite feuille tendre, cette force de vie, cette sève qui revient, c’est le symbole que je préfère.

17a. On my Chinese bureau of cracked black lacquer are a great number of objects brought back from China; two little polished green ceramic statues;, a little Buddha head in white marble;two large jade discs, one in a nearly-black shade of green, the other very light and veined. When I’m seated at my desk, pressed against a wall to which are attached little wooden panels in red lacquer representing landscapes, people, vegetables, I see only those objects. But I know that  behind my back just three meters away, is a large terrace where three orange trees, two lemon trees, an olive tree, and several rose bushes are growing. This terrace is very precious to me; it’s there that I take a stroll to smell a little sprig of thyme or rosemary when I get stuck, when the weather is nice, when I feel like gardening or pulling a weed. One can think that frost has killed the vegetables, and then one pretty day, one sees emerging a leaf of a delicate shade of green. This tender little leaf, this force of life, this sap that returns, this is the symbol I prefer.

18. Describe your evening routine.  Comment décririez-vous votre routine du soir?

En rentrant de la piscine, délicieusement fatiguée, je me prépare un plateau, je jette un coup d’œil à mes mails et à mon répondeur téléphonique, j’introduis un DVD dans mon ordinateur (portable) et je m’installe très confortablement sur mon divan (que j’appelle mon sarcophage, car j’y reste immobile durant des heures) et je dîne tout en regardant un bon film américain ou une série (Damages, In Treatment, The White House, 24 hours chrono). Puis, je lis ; très tard si le livre est bon. Voir un film, lire, dormir, c’est le moment de la journée que je préfère.

18a. On returning deliciously fatigued from the pool, I prepare a tray for myself, glance at my email and answering machine, I put a CD into my laptop, and I install myself on my sofa, (which I call my sarcophagus because I stay there for hours  without moving) and I eat while watching a good American film or series (Damages, In Treatment, The White House, 24). And then I read;very late if it’s a good book. To watch a movie, read, sleep–that’s my favorite moment of the day.

19. What makes you laugh?  Qu’est-ce qui est sûr de vous faire rire?

Une bonne blague juive, une bonne répartie, une “chute” que l’on n’attend pas. Et je peux avoir un fou rire qui dure souvent trop longtemps!

19a. A good Jewish  joke, a good repartee, a “fall’ that comes as a surprise. And I can go into a fit of laughter that often lasts too long.

20. What makes you cry?  Et de vous faire pleurer?

Une scène sentimentale, un geste généreux, une souffrance, une injustice, le défilé militaire du 14 juillet (je n’ai jamais compris pourquoi), un rien me fait pleurer.

20a. A sentimental scene, a generous gesture, an injustice, the Bastille Day military parade (I never understand why). I can cry over nothing.

21. Are you superstitious?  Êtes-vous superstitieux?

Je crains encore un peu le “mauvais œil”. Hérité de mon passé tunisien. Mais je ne crois pas qu’un Américain, à moins qu’il ne soit latino, sache ce qu’est le mauvais œil! L’envie qu’une personne, plus ou moins mal intentionnée, manifeste, par exemple, à l’égard de la robe en satin blanc que vous venez d’acheter. Si elle vous dit, les yeux brillants de convoitise : « Quelle belle robe tu portes! », vous allez renverser dessus une bouteille d’encre noire, ou vous accrocher à un clou, et, catastrophe, la robe craque, ou   la brûler de votre cigarette!

21a. I am still afraid of the Evil Eye. I inherited that from my Tunisian past. But I don’t believe that an American, unless he is Latino, can know what the Evil Eye is. The envy that an ill-intentioned person can manifest in the face of your new white satin dress. If she tells you, her eyes sparkling with jealousy, “what a beautiful dress you’re wearing !”, you are going to spill a bottle of black ink all over it, or catch it on a nail, causing it to rip, or burn it with your cigarette!

22. Is there something you always carry with you?  Y a-t-il quelque chose que vous portez toujours avec vous?

Non. Absolument rien. Je ne suis pas fétichiste.

22a. No. Absolutely nothing. I am not a fetishist.

23. If you could bring one deceased person back to life, who would it be and why?  Si vous pouviez ressusciter une personne décédée, quelle serait cette personne et pourquoi?

Sans aucun doute, ce serait Kafka. Pour le voir, entendre sa voix, connaître ses gestes, et tenter de devenir,  sinon son amie (faut pas rêver!),  du moins de faire partie de son entourage. Pour recevoir une lettre de lui!

23a. Without a doubt it would be Kafka. To see him, to hear his voice, to know what his gestures were like, and to try to become his friend (one mustn’t have illusions!) or at least part of his entourage. To receive a letter from him!

24. What is your favorite snack?  Quel est votre snack préféré?

Aucun. La France n’est pas le pays des snacks mais celui des bistrots, des “plats du jour”. Et comme je sors rarement de chez moi avant cinq heures de l’après-midi, je ne fréquente pas beaucoup les endroits où l’on mange, même rapidement.

24a. None. France is not a country of snacks but of bistros, of the “daily special.” And since I rarely leave home before five in the afternoon, I don’t often frequent any type of eating establishment.

25. Is there a phrase that you over-use?  Y a-t-il une phrase que vous utilisez trop?

Oui, il y en a une ! “C’est pas vrai”! C’est ma fille qui me fait régulièrement remarquer ce travers. A croire qu’aujourd’hui encore un rien m’étonne !

25a. Yes, there is one! “It’s not true!” It’s my daughter who regularly points out this quirk. And to think that today every little thing astonishes me!

26. Tell us the story of your first publication.  Quelle est l’histoire de la publication de votre premier livre ?

Un éditeur parisien m’avait demandé d’écrire un très long texte pour illustrer un album de photographies : “Voir la Tunisie”. Je me suis aperçue, alors que j’étais encore professeur d’histoire, que je ne savais pratiquement rien du passé de mon pays natal (à part l’histoire punique et romaine). Rien de la période arabe, et c’est  ce livre qui m’a permis de combler cette lacune. En Tunisie, comme dans toutes les colonies, nos livres scolaires étaient les livres scolaires français ! Nous pouvions réciter le nom de chacun des fleuves qui coulaient en France, ainsi que celui de leurs trop nombreux affluents, mais aucun de ceux qui arrosaient la Tunisie. Et de ce pays natal, je ne connaissais que quelques villes côtières,  pas du tout le sud, encore moins  l’intérieur.

26a.A Parisian editor had asked me to write a very long text to accompany a collection of photographs:”To See Tunisia.” I noticed, while I was still a history teacher, that I knew almost nothing about the past of my own native country (except for the Punic and Roman Wars). Nothing of the Arab period, and it’s that book that allowed me to fill that gap. In Tunisia, as in all of the colonies, our school books were French texts. We were able to recite the names of all the rivers that flowed through France, as well as their numerous tributaries, but not a single one that flowed through Tunisia.

27. Was there a moment when you felt you had “made it” as an author?  Y a-t-il eu un moment où vous avez senti que vous étiez devenu un auteur ?

J’ai eu le sentiment exaltant, un grand nombre de soirs, d’avoir écrit une page “formidable”, d’être un auteur ! Mais le lendemain matin, en lisant ce que j’avais écrit la veille, j’étais consternée. Je n’étais plus qu’une femme qui persévérait  à écrire.

27a.I have had the exhilarating feeling, on a considerable number of evenings, of having written an astounding page, of being an author! But the next morning, while reading what I had written the night before, I found myself concerned. I was no longer a woman who was soldiering on in her writing.

29. Tell us a funny story about a book event.  Racontez-nous une anecdote amusante d’une de vos tournées publicitaires ou d’un événement littéraire auquel vous avez participé.

En mai dernier, j’ai été pour la cinquième fois en Chine, mais pour la première fois j’ai vu La Grande Muraille. Lorsque je me suis trouvée devant cette construction insensée, j’ai pensé au texte de Kafka “Pendant la construction de la Muraille de Chine” et j’ai regretté de ne pas l’avoir relue avant mon départ. De retour à l’hôtel, j’ai trouvé, via Facebook, un très long mail, en français, d’un certain Peter Mark, professeur à l’Université de Wesleyan ; il  m’annonçait qu’il lisait mon livre et qu’il connaissait bien Henry Marasse, brillant psychanalyste, qui avait conservé tous les livres que Kafka avait envoyés à sa mère, Felice Bauer. Et Peter Mark me demandait si je voulais rencontrer le fils de celle qui fut, durant cinq longues années, la première fiancée de Franz Kafka! Jamais Kafka ne m’était apparu si proche, ni si vivant, qu’à cette minute-là, devant la Muraille de Chine ! Aujourd’hui encore, cette extraordinaire coïncidence me trouble. Hélas, Henry Marasse mourait deux semaines plus tard, à 91 ans. Je n’ai donc pas eu la chance de l’entendre parler de sa mère. En revanche, Peter Mark, avec qui j’ai déjà dîné trois fois à Paris, est devenu un ami. C’est étonnant, le nombre d’amis que Kafka a mis sur mon chemin. Et continue de mettre.

29a. Last May, I was in China for the fifth time, but it was first time that I saw the Great Wall. When I found myself in front of this enormous construction, I thought of Kafka’s text, “During the the construction of the Great Wall of China,” and I regretted not to have reread it before my departure. On returning to the hotel, I found, via Facebook, a very long email in French from a certain Peter Mark, a professor at Wesleyan; he told me that he was reading my book and that he used to know the brilliant psychoanalyst, Henry Marasse, who had saved all the books that Kafka had sent to his mother, Felice Bauer. And Peter Mark asked me if I wanted to meet the son of woman who for five long years had been Franz Kafka’s first fiancee! Never had Kafka seems so close or so alive as that moment, in front of the Great Wall! Even today, this extraordinary coincidence unsettles me. Alas, Henry Marasse died two weeks later, at the age of 91. I therefore did not have the chance to hear him talk about his mother. On the other hand, Peter Mark, with whom I had already dined three times in Paris, became a friend. It’s astonishing the number of friends that Kafka has placed on my path. And that he continues to send my way.

30. What advice would you give an aspiring author?  Quel conseil donneriez-vous à un futur écrivain?

Ne soyez pas pressé d’envoyer votre manuscrit à un éditeur; ayez la sagesse, et la force, de le relire et de le corriger durant des mois, (on ne finit jamais de corriger un texte).  Vous vous éviterez ainsi de recevoir la terrible  lettre de refus d’un, ou plusieurs éditeurs (Ce qui m’est arrivé). Et d’avoir le cœur brisé. Momentanément.

30a. Don’t be in too big a hurry to send your manuscript to an editor;have the wisdom and the strength to reread it and to revise it for months, (one never finishes revising a text). By doing this you will avoid the experience of receiving a terrible refusal from one, or from several editors (which happened to me.) And of having your heart broken. At least for the moment.

31. What would you like carved on your tombstone?  Quelle serait votre épitaphe ?

C’est à mes deux enfants qu’il faudrait poser cette question. Il ne me vient pas une seule idée à l’esprit, les morts sont tellement morts qu’ils ne se soucient pas de leur épitaphe, qu’ils ne pourront jamais lire, surtout s’ils ne croient pas à la résurrection.

A la réflexion, j’ai trouvé l’une des épitaphes possibles : “Avant de perdre la vie, elle a perdu bien des choses”. Car il ne se passe pas un mois sans que je ne perde mes lunettes, ma montre, mon porte-monnaie, des gants, une écharpe, un chapeau, une cape, une valise, un chapitre terminé sur mon ordinateur, un billet d’avion,  un voisin, un ami, un amant, un mari.

Il n’y a que l’impatience que je n’ai pas encore perdue!

31a. It’s my two children whom you should be asking that question. Not a single idea comes to my mind, the dead are so dead that they don’t worry about their epitaph, which they will never be able to read, especially if they don’t believe in resurrection.

On further thought, I’ve come up with a possible epitaph: “Before losing her life, she lost quite a few things.” Because a month does not go by without me losing my glasses, my watch, my change purse, gloves, a scarf, a hat, a cape, a suitcase, a finished chapter on my computer, an airplane ticket, a neighbor, a lover, a husband.

32. Tell us something little know and surprising about yourself.  Dites-nous quelque chose de surprenant sur vous que le public ne connaisse pas déjà.

Je ne fais pas partie des écrivains que le public connaît, je ne suis pas l’un de ceux auxquels il s’intéresse. Donc, il ne connaît rien de moi, ni moi de lui.  Et le quart d’heure de “gloire” que m’a valu Kafka, qui s’en souvient ? Même pas moi!

32a.I am not one of those writers known to the public, I am not one in whom they are interested. Therefore, they know nothing of me, nor I of them. And the fifteen minutes of fame to which I owe Kafka, who remembers that? Not even I, myself!

33. What is your next project?  Avez-vous un projet de roman en cours ?

Oui.  Faire revivre des épisodes qui m’ont marquée au long de mon existence, la nuit de noces (horrible),  un certain déjeuner avec mes deux sœurs et mes deux frères (un “accrochage” mémorable), une électrocution lorsque j’habitais au Danemark, la mémoire, l’adieu à la jeunesse. Le besoin de lire, n’importe quoi, un prospectus, une ordonnance. (On dit que Cervantès ramassait dans la rue tous les papiers qu’il trouvait).  Bref, je tente de restituer  des moments de vie. Avant qu’ils ne s’envolent.

Et peut-être reprendrai-je ma pièce sur Kafka pour essayer d’en faire un scénario. Comme tous les « fans » de Kafka, je ne décroche pas.

33a.Yes. To bring to life the episodes that have marked me throughout my life, the wedding night (horrible), a certain lunch with my two sisters and two brothers (an unforgettable clash), an electrocution when I was living in Denmark, memory, the goodbye to youth. The need to read anything, a prospectus, a prescription. (it’s said that Cervantes used to pick up in the street every piece of paper he encountered). I short, I am trying to reconstruct moments of my life. Before they slip away.

And perhaps I will go back to my play on Kafka to try to turn it into a script. Like all of Kafka’s fans, I am not letting go.

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